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Mesurer l'impact de son mécénat : la méthode SROI expliquée pas à pas

Les directions mécénat sont aujourd'hui soumises à une double pression : démontrer la valeur créée à leurs parties prenantes internes, et se conformer aux nouvelles obligations de reporting extra-financier imposées par la CSRD. Dans ce contexte, la mesure d'impact est passée du statut d'option vertueuse à celui d'exigence opérationnelle. Parmi les méthodologies disponibles, le SROI — Social Return on Investment — s'est imposé comme le standard le plus rigoureux et le plus reconnu en France comme en Europe. Ce guide vous présente ses fondements, ses six étapes clés, et un exemple chiffré concret pour ancrer la démarche dans votre réalité terrain.

Mesurer l'impact de son mécénat : la méthode SROI

Sommaire

  1. Qu'est-ce que le SROI ?

  2. Les 7 principes fondateurs

  3. Les 6 étapes de la démarche SROI

  4. Exemple chiffré : un programme d'insertion à 200 K€

  5. Les ajustements techniques à ne pas négliger

  6. Intégrer le SROI dans votre reporting mécénat


Qu'est-ce que le SROI ?

Le SROI est une méthode d'évaluation qui traduit en valeur monétaire les changements sociaux, environnementaux et économiques générés par une activité. Son principe fondateur est simple : chaque euro investi dans un programme philanthropique produit une valeur sociale quantifiable, souvent bien supérieure à la dépense engagée.


La formule de base est :


SROI = Valeur sociale nette actualisée / Investissement total


Un ratio SROI de 3,5 signifie que chaque euro investi génère 3,50 € de valeur sociale. Ce n'est pas un indicateur de rentabilité financière — c'est un indicateur de création de valeur pour la société dans son ensemble.


La méthodologie a été structurée et diffusée à partir des travaux de la nef Consulting (New Economics Foundation) au Royaume-Uni, puis formalisée dans le guide de référence publié par Social Value UK, désormais traduit et adapté dans de nombreux pays européens. En France, elle est de plus en plus intégrée dans les pratiques des grandes fondations et des cabinets d'accompagnement spécialisés, dont Phily dans ses missions de conseil en impact.

Pourquoi le SROI plutôt qu'un autre outil ?

Plusieurs méthodes existent pour évaluer l'impact d'un programme philanthropique : le coût par bénéficiaire, le taux de sortie positive, la théorie du changement seule, ou encore des indicateurs de performance opérationnelle. Chacune a sa pertinence. Le SROI se distingue par sa capacité à :


  • Agréger des changements hétérogènes en une valeur commune (monétaire), facilitant la comparaison entre programmes de nature différente.

  • Documenter la causalité plutôt que la simple corrélation, grâce aux étapes d'attribution et de deadweight.

  • Répondre aux attentes CSRD en produisant des données quantifiées sur les effets sociaux et environnementaux des engagements mécénat, articulables avec les indicateurs ESRS.


Les 7 principes fondateurs

Social Value UK a établi sept principes qui fondent toute démarche SROI légitime. Ils ne sont pas de simples recommandations : ce sont les garde-fous qui distinguent un SROI robuste d'une communication habile.


  1. Impliquer les parties prenantes — les bénéficiaires, mais aussi les partenaires opérationnels, les financeurs et les populations indirectement touchées.

  2. Comprendre ce qui change — cartographier les effets positifs et négatifs, attendus et inattendus.

  3. Valoriser ce qui compte — ne retenir que les changements qui comptent pour les parties prenantes, pas pour les communicants.

  4. N'inclure que ce qui est significatif — le principe de matérialité s'applique à la mesure d'impact comme à l'audit financier.

  5. Ne pas sur-revendiquer — appliquer les ajustements d'attribution, de poids mort et de déplacement (voir étape 5).

  6. Être transparent — documenter les hypothèses, les sources et les limites.

  7. Vérifier le résultat — soumettre les conclusions à des tiers indépendants lorsque l'enjeu le justifie.


Les 6 étapes de la démarche SROI

Étape 1 — Périmètre & parties prenantes : définir ce qu'on évalue et pour qui. Livrables : carte des parties prenantes, périmètre validé.


Étape 2 — Cartographie des changements : modéliser la théorie du changement. Livrable : chaîne inputs → outputs → outcomes → impacts.


Étape 3 — Preuve des changements : collecter les données terrain. Livrables : indicateurs, données de suivi, enquêtes bénéficiaires.


Étape 4 — Valorisation : traduire les changements en euros. Livrables : proxies financiers sourcés, valeurs actualisées.


Étape 5 — Calcul du SROI : appliquer les ajustements techniques. Livrables : ratio SROI net, analyse de sensibilité.


Étape 6 — Intégration & communication : utiliser les résultats dans la gestion et le reporting. Livrables : dashboard impact, rapport SROI.

Étape 1 — Délimiter le périmètre et identifier les parties prenantes

Avant tout calcul, il faut définir ce qu'on mesure : quel programme, sur quelle période, pour quels bénéficiaires ? Cette délimitation est stratégique : trop large, l'analyse devient ingérable ; trop étroite, elle devient peu significative.


La cartographie des parties prenantes identifie qui subit les changements liés au programme. Les bénéficiaires directs (les personnes accompagnées) sont évidents ; les parties prenantes secondaires (familles, collectivités, employeurs, système de protection sociale) le sont moins, mais souvent plus déterminantes dans le calcul.

Étape 2 — Cartographier les changements (théorie du changement)

La théorie du changement est le cœur de la démarche. Elle modélise la chaîne causale du programme :


  • Inputs : les ressources mobilisées (financements, bénévolat de compétences, mise à disposition d'espaces)

  • Outputs : les activités réalisées et leurs volumes (nombre d'ateliers, heures de coaching, personnes accompagnées)

  • Outcomes : les changements observés chez les bénéficiaires (compétences acquises, emploi retrouvé, confiance en soi restaurée)

  • Impacts : les effets durables pour la société (réduction du chômage de longue durée, économies sur les minima sociaux, gain de bien-être)

Étape 3 — Prouver les changements

Pour chaque outcome identifié, il faut une donnée probante. Les sources possibles incluent : les données de suivi de l'association porteuse, les enquêtes post-programme réalisées auprès des bénéficiaires, les données administratives (taux de retour à l'emploi, parcours de soin), et les études académiques publiées sur des programmes comparables.

Étape 4 — Valoriser les changements

C'est l'étape la plus délicate et la plus sujette à débat. Pour chaque outcome, on recherche un proxy financier — une valeur monétaire de référence qui représente ce que le changement vaut pour la société. Ces proxies sont idéalement issus de données publiques robustes (coût évité pour la collectivité, valeur statistique du bien-être, économies sur prestations sociales).


L'ESSEC Impact Unlimited, partenaire académique de référence sur ces questions en France, a développé des travaux permettant d'objectiver certains proxies dans le contexte philanthropique français.

Étape 5 — Calculer le SROI

Une fois les valeurs brutes établies, on applique quatre ajustements techniques pour ne pas sur-revendiquer :


  • Poids mort (deadweight) : quelle part du changement se serait produite sans le programme ?

  • Attribution : quelle part du changement est réellement imputable au programme, et non à d'autres intervenants simultanés ?

  • Déplacement : le programme a-t-il eu des effets négatifs sur d'autres personnes ou systèmes ?

  • Déclin (drop-off) : comment l'impact s'atténue-t-il dans le temps après la fin du programme ?


La valeur nette ajustée est ensuite actualisée avec un taux d'actualisation (généralement entre 3,5 % et 5 %) pour refléter la valeur temps de l'argent.

Étape 6 — Intégrer et communiquer

Un SROI non utilisé est un SROI perdu. Les résultats doivent alimenter les décisions de gestion (réorientation des programmes, ajustement des ressources) et le reporting externe — notamment les obligations CSRD pour les entreprises mécènes. Les solutions Ventra permettent d'automatiser la collecte des données nécessaires au calcul et d'intégrer le SROI dans les tableaux de bord dirigeants.


Exemple chiffré : un programme d'insertion à 200 K€

Cas anonymisé — Fondation d'entreprise d'un groupe industriel régional, programme d'accompagnement à l'insertion professionnelle de personnes éloignées de l'emploi, exercice 2024.


Le programme en chiffres :


  • Budget total (mécénat financier + valorisation bénévolat) : 200 000 €

  • Durée : 12 mois

  • Bénéficiaires accompagnés : 50 personnes

  • Taux de retour à l'emploi durable (>6 mois) à 12 mois : 56 % soit 28 personnes


Identification des outcomes et proxies :


Retour à l'emploi durable — proxy retenu : économie sur le RSA et l'allocation chômage, soit environ 12 000 €/an/personne (source : DREES, rapport statistiques sociales).


Gains fiscaux et cotisations pour la collectivité — proxy retenu : environ 8 000 €/an/personne en emploi au SMIC (source : DSS, données de simulation).


Amélioration du bien-être subjectif — proxy retenu : valeur du bien-être adaptée des travaux OCDE, soit environ 4 000 €/personne/an (source : OCDE, How's Life? 2023).


Calcul brut (sur 3 ans, 28 personnes) :


  • Économies sociales : 28 × 12 000 € × 3 ans = 1 008 000 €

  • Gains fiscaux : 28 × 8 000 € × 3 ans = 672 000 €

  • Bien-être : 28 × 4 000 € × 3 ans = 336 000 €

  • Total brut : 2 016 000 €


Application des ajustements :


  • Poids mort (30 %) : certains bénéficiaires auraient retrouvé un emploi sans le programme → −604 800 €

  • Attribution (75 %) : d'autres acteurs (Pôle Emploi, missions locales) ont contribué → −352 800 €

  • Déclin (10 % par an dès la 2e année) : effet progressif → −120 960 €

  • Actualisation (taux 3,5 %) : −38 000 € (approx.)

  • Valeur nette actualisée : ~ 899 000 €


Ratio SROI : 899 000 € / 200 000 € = 4,5


Pour chaque euro investi, le programme a généré 4,50 € de valeur sociale nette. Ce ratio est cohérent avec les fourchettes observées sur des programmes d'insertion similaires (généralement entre 3 et 7 selon les méthodologies et les publics cibles).


Les ajustements techniques à ne pas négliger


À retenir — Les 4 erreurs qui faussent un SROI


1. Additionner sans attribuer. Compter la totalité de l'impact comme si le programme en était la seule cause est la faute la plus répandue. L'attribution est obligatoire.


2. Négliger le poids mort. Sur des publics pour lesquels le taux de retour à l'emploi « naturel » est élevé, un poids mort de 40 à 50 % est réaliste. L'ignorer conduit à multiplier le ratio par deux ou trois de façon artificielle.


3. Choisir des proxies favorables sans les sourcer. Le proxy doit être issu d'une source publique vérifiable et défendable devant un auditeur externe.


4. Ne pas actualiser. Un bénéfice social produit dans 3 ans ne vaut pas la même chose aujourd'hui. L'actualisation n'est pas optionnelle dans une démarche SROI rigoureuse.


Intégrer le SROI dans votre reporting mécénat

Le SROI n'est pas une fin en soi. Son véritable intérêt est d'alimenter trois niveaux de décision :


Au niveau opérationnel, il permet de comparer des programmes de nature différente (un programme culturel versus un programme d'insertion) sur une base commune, et d'orienter les ressources vers les actions les plus efficientes.


Au niveau stratégique, il renforce la légitimité du mécénat en interne — face aux directions financières, aux actionnaires et aux instances de gouvernance — en traduisant l'engagement philanthropique dans un langage économique familier.


Au niveau réglementaire, il produit les données quantifiées exigées par les référentiels ESRS dans le cadre de la CSRD : indicateurs d'impact sociaux mesurés, périmètre d'évaluation documenté, méthodologie auditée. Les entreprises assujetties à la CSRD qui n'ont pas encore structuré leur mesure d'impact mécénat disposent d'une fenêtre de mise en conformité de plus en plus étroite.


Pour les fondations et fonds de dotation, la démarche de conseil en impact de Phily intègre le SROI comme outil central d'accompagnement, de la cartographie des parties prenantes à la production du rapport final, en lien avec les équipes académiques de l'ESSEC Impact Unlimited.


Conclusion

La méthode SROI transforme une bonne intention philanthropique en démonstration chiffrée et vérifiable. Elle répond à une attente croissante des parties prenantes — institutionnelles, réglementaires et sociétales — sans sacrifier la rigueur à la communication. L'exemple du programme d'insertion à 200 K€ illustre qu'un ratio de 4 à 5 est atteignable sur des programmes bien structurés, à condition d'appliquer scrupuleusement les ajustements d'attribution et de poids mort.


La mesure d'impact n'est plus un luxe réservé aux grandes fondations dotées d'équipes dédiées. Les outils et les méthodes existent. Ce qui manque, souvent, c'est la structuration initiale de la collecte de données et l'accompagnement méthodologique pour éviter les biais les plus courants.


Prêt à mesurer l'impact réel de votre programme mécénat ? Découvrez l'offre Conseil Impact de Phily →


Pour aller plus loin


Sources

  1. Social Value UK. (2012). A guide to Social Return on Investment. Cabinet Office / SROI Network. Disponible sur : https://socialvalueuk.org/resources/sroi-guide/


  1. OCDE. (2023). How's Life? 2023 : Measuring Well-being. Éditions OCDE, Paris. Disponible sur : https://www.oecd.org/statistics/hows-life-23089679.htm


  1. Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES). Les bénéficiaires de minima sociaux. Ministère des Solidarités et de la Santé, éditions annuelles. Disponible sur : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr


  1. Direction de la sécurité sociale (DSS). Les chiffres clés de la Sécurité sociale. Ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités. Disponible sur : https://www.securite-sociale.fr/la-secu-cest-quoi/financement/chiffres-cles


  1. ESSEC Business School — ESSEC Impact Unlimited. Recherches et travaux sur la mesure d'impact social en France. Disponible sur : https://www.essec.edu/fr/pages/essec-impact/


  1. ADMICAL. Baromètre du mécénat d'entreprise en France. Éditions biennales. Disponible sur : https://www.admical.org


  1. Commission européenne. Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) — Directive 2022/2464/UE du Parlement européen et du Conseil du 14 décembre 2022. Journal officiel de l'Union européenne. Disponible sur : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32022L2464


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